La révolte : saison 2 en espérant la saison 3

La vie du syndicat La révolte : saison 2 en espérant la saison 3

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Ça y est, la manifestation a eu lieu, la grève se termine. Analyse d’un mouvement peu habituel pour des médecins-citoyens.

De l’automne de la médecine…

En quelques semaines, dans le cadre de restrictions budgétaires logiques du fait du poids de la dette et dans le cadre de la discussion du PLFSS, les médecins ont vu arriver à flux
constant des propositions de mesures faisant que chaque jour, ils se demandaient quelle nouvelle feuille de route aller encore tomber : diminution de la valeur de plusieurs actes
médicaux, signée unilatéralement par le directeur général de l’assurance maladie et alors que des accords conventionnels avaient été âprement négociés quelques mois auparavant,
désinscription des stents de la liste en sus, amende en cas de non consultation du DMP (Dossier médical partagé), taxation du secteur 2, suppression des abattements pour le secteur 1, modification des conditions de l’accès au cumul-emploi retraite, diminution de l’ONDAM (Objectif national des dépenses de l’Assurance maladie) passant à 1,6 % en 2026 dont 0,9 % pour les soins de ville, pour 3,6 % en 2025. Et tout cela, avec une phrase qui a eu du mal à passer « l’objectif est d’adopter des mesures de lutte contre les rentes de certains acteurs de l’offre de soins ».

Mais aussi restriction du périmètre des ALD (affection longue durée), modification des parcours de fin d’études avec stages obligatoires chez les MSU (Maîtres de stage universitaire) alors qu’ils sont en nombre insuffisant, pacte de lutte contre les déserts médicaux, développement des maisons France santé, développement de la médecine préventive qui, si elle est une obligation éthique, coûte plus qu’elle ne rapporte, consolidation du plan santé mentale, sans augmentation des moyens financiers… etc…etc…

… à l’hiver de la médecine

Parce que tout est arrivé rapidement, parce que les propositions partaient dans tous les sens, parce qu’il fallait aller vite avec enfin un gouvernement qui a tenu quelques mois, mais
acculé par le vote nécessaire d’un budget pour la santé, parce que se discutaient, sans l’avis des médecins, leurs modalités et conditions d’exercice, l’étonnement puis la colère ont saisi les médecins avec l’envie d’agir.

Agir en faisant reconnaître leur participation citoyenne au bien commun par le dévouement au fonctionnement du système sanitaire.

Agir en rappelant, concernant les cardiologues, leur investissement dans des réponses adaptées aux problèmes rencontrés (délégation de taches, soutien des MSU, travaux sur la pertinence….).

Puis agir, en exprimant sa colère. Cette action a eu des effets, puisque plusieurs propositions de loi n’ont pas été adoptées, mais il reste des éléments non acceptables, telles les décotes des actes, notamment de coronarographie qui atteint 12 %, tel le retrait des stents de la liste en sus sans contrepartie, telles les nouvelles conditions du cumul emploi retraite faisant que cette dernière, si elle est prise avant 67 ans (même en cas de carrière longue) sera amputée du revenu de l’activité, et ce, dès le premier euro perçu…

Et donc agir par une grève de plusieurs jours en janvier 2026 et par une manifestation de 10 000 médecins à Paris, malgré le froid de janvier…Entre temps, les pouvoirs publics avaient repris le narratif expliquant que la grève n’était pas justifiée du fait des concessions faites entre le PLFSS (Plan de loi de financement de la sécurité sociale) et la LFSS. Mais c’est oublier le mépris ressenti par les médecins, le ras-le-bol perçu face au tir de barrage de l’automne avec une rafale de propositions unilatérales, les décotes maintenues, les modifications du cumul emploi-retraite qui semblent constituer une situation inédite et pour laquelle on attend l’avis du conseil constitutionnel…

Et donc, agir pour certains, par une menace (parfois mise à exécution) d’un déconventionnement. Le SNC (Syndicat national des cardiologues) ne s’associe pas sur le
fond à cette actions car, outre l’effet d’annonce et la compréhension du ras-le-bol qui caractérisent cette mesure, le SNC pense que l’évolution doit se faire dans le cadre de
négociations conventionnelles respectées et que, refuser de négocier, c’est ne plus envisager de construire l’avenir ensemble …

Vers le printemps de la médecine ?

Que faire ? A tout le moins, une grève doit prendre fin, notamment lorsque les revenus en subissent les conséquences alors que les charges continuent de courir. Une grève doit
prendre fin lorsque l’impression est celle d’une faible écoute avec, encore une fois, un interlocuteur principal dont les jours semblent comptés. Une grève doit prendre fin, mais si
son ampleur a marqué le mécontentement, elle doit assurément faire comprendre que les médecins ne veulent plus être considérés comme une variable économique d’ajustement
budgétaire, sans être entendus et respectés, sans participer au débat autrement que par l’expression de leur mécontentement.

Le SNC, parmi d’autres syndicats, est conscient que l’organisation du système de santé, créé en 1946, amendé en 1958, justifie une nouvelle réflexion globale devant son coût pour
la collectivité, devant ses contraintes et les nouvelles aspirations, tant de la population que des médecins.

Le SNC refuse les mesures-rustine, mesures de colmatage au jour le jour, des problèmes.

Le SNC et demande une discussion, une renégociation nationale du cadre global du financement et de l’exercice du soin en France.

Le SNC veut continuer d’être force de propositions de négociations. Sinon, il continuera de s’opposer avec force aux mesures-rustine unilatérales et, de ce fait, ressenties comme
méprisantes.

Le SNC veut une discussion digne et loyale.