Les défis de la pratique cardiologique. Aujourd’hui et demain

La vie du syndicat Les défis de la pratique cardiologique. Aujourd’hui et demain

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À l’aube du mandat d’une nouvelle équipe à la tête du Syndicat national des cardiologues (SNC), il paraît utile de rappeler les défis, tant permanents que conjoncturels, auxquels sont confrontés tant notre syndicat que la profession de cardiologue.

La soutenabilité du système de santé

Le système de soins français est confronté à un triple problème de soutenabilité. Chacun de ces problèmes a un retentissement direct sur la pratique quotidienne de la cardiologie.

Le premier problème est financier. En 2025, le déficit de la seule branche assurance maladie a atteint 17,2 milliards d’euros et l’assurance maladie représente 11,4 % du PIB. Pour se soigner, la dépense par habitant a été de 6 249 euros par an en 2025. La dette publique de la France est proche de 120 % du PIB et a dépassé 51 000 euros par habitant. Cette dette a dépassé 3 600 milliards d’euros et augmente de 6 405 € par seconde soit 553 millions d’euros par jour. La seule dette globale de la sécurité sociale a dépassé 310 milliards d’euros. Cela contraint directement les possibilités de revalorisations des actes médicaux, voire suscite des dévalorisations de ceux-ci.

Le deuxième est humain. Il se caractérise par un déficit actuel de l’offre en médecins alors que la demande de soins a augmenté, et ce, tout en sachant que les mesures correctives récentes laissent envisager un excès de médecins dans 15 ans (dont une majorité de nouveaux s’inscrivant en secteur 2). La conséquence actuelle en est toutefois une surcharge de travail pour les personnels médicaux et un risque de dégradation de la qualité des soins, ce que traduisent les délais d’attente pour les rendez-vous dans plusieurs territoires.

Le troisième est celui de l’accès à l’innovation. Dans une économie de marché libérale dont le coût des soins est assuré par la collectivité nationale, l’accès à l’innovation à un coût grandissant pour la collectivité. La situation des comptes publics rend difficile les négociations entre les industriels du médicament ou du dispositif médical et les pouvoirs publics, limitant l’accès à l’innovation. En France, les cardiologues doivent attendre plusieurs années avant de disposer de traitements innovants, et encore, quand ceux-ci ont accès au marché.

La disruption

Issu du monde de l’électricité, par extension, le terme disruption signifie « rupture », ce qui veut dire « rupture avec des habitudes et un mode de fonctionnement ou de réflexion établi ». Là encore, trois éléments disruptifs forts caractérisent la pratique médicale et notamment cardiologique actuelle.

Le premier est l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA). Sans exagérer son apport, il est certain qu’à l’horizon 2030, l’IA aura profondément modifié la pratique médicale quotidienne pour ceux qui la guideront ou la subiront : aide à la prise et à la structuration des rendez-vous médicaux, aide à la rédaction des compte-rendus, aide à la prise de décision (prédiction, conduite à tenir…), aide à l’interprétation des examens complémentaires (notamment des examens d’imagerie)… Un exemple : tout indique qu’à moyen terme, des non-spécialistes en cardiologie, voire des paramédicaux pourront pratiquer de façon fiable l’échocardiographie, et cela, même au domicile des patients, permettant l’orientation vers l’unité d’hospitalisation adaptée : la pratique quotidienne des cardiologues et des services hospitaliers devrait en être profondément modifiée.

Le deuxième est la délégation de tâche ou complémentarité des prise en charge. Le problème humain actuel a ouvert les voies logistiques et réglementaires vers la délégation de tâches. C’est un défi réel, car le cardiologue doit comprendre que la mécanique est activée avec des possibilités de premier recours et première prescription à des IPA. La logique veut que le cardiologue s’implique dans cette mécanique afin d’en être et d’en rester le chef d’orchestre. Pour cela, il doit élargir son management à une équipe plus importante, agissant en complémentarité de son expertise spécifique, ce qui doit lui permettre de mettre pleinement en avant sa valeur ajoutée dans le soin cardiologique.

Le troisième est la technicité grandissante. La recherche est par essence réductionniste, partant du global pour analyser chaque partie. Ainsi, la cardiologie a été individualisée au sein de la médecine. Puis, au sein de la cardiologie, ont été individualisées plusieurs sur-spécialités, liées à des techniques ou à la prise en charge de maladies rares. Le cardiologue, s’il est plutôt « généraliste » doit donc savoir orienter les patients spécifiques dans les bonnes filières pour leur prise en charge la mieux adaptée et, s’il est sur-spécialiste, ne doit pas négliger ses compétences en cardiologie générale. L’articulation de ces filières doit être souple et efficace et la mise à jour des connaissances doit être régulière et partagée pragmatiquement.

L’hétérogénéité des pratiques cardiologiques

Enfin, et consécutivement aux particularités du système de santé français et aux problèmes cités, la pratique cardiologique est de plus en plus hétérogène avec, là encore, trois grands éléments rendant compte de l’hétérogénéité.

Le mode de pratique avec, aux deux extrêmes, certains cardiologues qui sont purement « généralistes » et peuvent exercer seuls, et d’autres qui sont « hyper-spécialistes » d’une technique ou d’une maladie particulière et dépendent d’équipes importantes et de plateaux techniques lourds.

Les lieux de pratique avec la possibilité d’exercer dans des hôpitaux publics (dont 31 CHU), des hôpitaux privés à but non lucratif et des cliniques privées à but lucratif, dans des cabinets individuels ou de groupe, dans des maisons médicales, des dispensaires… soit exclusivement, soit en mode partagé, et tout en sachant que 45 % des cardiologues français ont un mode d’exercice libéral exclusif.

Le mode de rémunération avec de nombreux cas de figure : salariat public (hôpital, centre de soins, dispensaires etc…) ou privé ou de sociétés d’exercice, libéral pur, mixte, cumul emploi-retraite salarié ou libéral …

Un syndicat des cardiologues au centre et à l’écoute

Statutairement, le Syndicat national des cardiologues (SNC) a plusieurs missions :

  • défendre par tous moyens appropriés les intérêts professionnels, matériels et moraux des médecins spécialistes des maladies du cœur et des vaisseaux ;
  • coordonner et susciter l’action des syndicats locaux et catégoriels ;
  • représenter les cardiologues auprès des centrales syndicales nationales ;
  • éventuellement discuter directement avec les Pouvoirs Publics et les organismes de couverture sociale sur toutes les questions intéressant les cardiologues ;
  • diffuser les informations auprès de ses adhérents ;
  • être garant de la formation médicale continue et de l’évaluation en pratique cardiologique.

Dans le système de soins français, l’assurance maladie universelle (sous le contrôle des gouvernants) permet le contrôle opérationnel des tarifs médicaux, du prix des médicaments et des tarifs hospitaliers. Elle exerce un rôle régulateur majeur sur la profession, même libérale, même si la profession à la liberté du choix de son lieu d’installation et de ses prescriptions. Les syndicats représentent et défendent les professionnels et exercent une fonction de contre-pouvoir salutaire et nécessaire.

Pour faire face aux défis présentés ici et pour répondre à ses missions indispensables pour l’intérêt de la profession, le SNC doit disposer de moyens de réflexions et d’actions : cela suppose de l’investissement intellectuel et financier de tous les cardiologues, et donc d’adhérer au SNC et de participer à ses réflexions. Cela suppose aussi une équipe de direction volontaire, efficace et élargie et donc un management efficace et des moyens humains importants, alors qu’ils sont bénévoles.

Le SNC a besoin de disposer de l’avis régulier de tous les cardiologues, ce qui suppose de nouveaux modes d’interaction et une adhésion de chaque cardiologue au SNC, quel que soit son mode d’exercice.

L’objectif principal du SNC est que chacun soit entendu, formé, représenté et défendu, et notamment ceux ayant un exercice libéral, qu’il soit exclusif ou partiel,
C’est, à chaque fois, l’enjeu majeur du mandat d’une nouvelle équipe à laquelle, comme cardiologue, je souhaite bonne réflexion, bonne action et bonne chance face à aux défis majeurs de notre belle profession.