Elle s’excuse d’être là. En 2026.

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Elle arrive un peu gênée, s’excusant presque de prendre votre temps, de venir « probablement pour rien ». Elle minimise ses symptômes avant même de franchir la porte du cabinet. On lui a dit que c’était du stress, que sa fatigue, ses palpitations, son essoufflement ou sa douleur thoracique relevaient de l’anxiété, de la charge mentale. Elle en fait beaucoup, c’est tout.

Elle se croit protégée : « j’ai toujours eu une tension basse », « je n’ai que du bon cholestérol », « je fume à peine ». Elle ne fait pas le lien entre une pré-éclampsie, un diabète gestationnel, une ménopause précoce, un cancer du sein traité, une maladie auto-immune et son risque cardiovasculaire futur. Après un infarctus, on ne lui a pas proposé de réadaptation, elle est si active, après tout. On lui a moins expliqué son traitement. Moins adressé de messages de prévention.

Cette femme existe. Elle est dans notre salle d’attente. C’est notre patiente, c’est aussi sa sœur, sa collègue, sa voisine.

Et pourtant. En 2026, les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité féminine dans le monde, la deuxième en France. Près de 200 femmes en meurent chaque jour dans notre pays. 80 % de ces maladies seraient évitables par une prévention adaptée. Pendant trop longtemps, le risque cardiovasculaire féminin a été sous-estimé, ses symptômes réinterprétés, alors même que la douleur thoracique est présente dans près de 80 % des syndromes coronaires aigus chez la femme, comme chez l’homme. Pendant trop longtemps, certains facteurs de risque spécifiquement féminins ont été insuffisamment recherchés. Pendant trop longtemps, les femmes ont été moins bien diagnostiquées, moins bien orientées, moins bien prises en charge.

Nous, cardiologues libéraux, sommes souvent le premier point d’entrée. Celui du dépistage. Celui de l’écoute. Celui de l’éducation thérapeutique. Celui qui peut identifier un risque avant l’événement. Une consultation de prévention chez une femme ne devrait jamais être banalisée : derrière une patiente « sans facteur de risque évident » se cache parfois un risque cardioneurovasculaire réel, silencieux, cumulatif.

Le document publié par le CNPCV, en partenariat avec de nombreuses sociétés savantes et acteurs de santé, nous donne aujourd’hui des outils concrets pour mieux repérer, mieux informer, mieux prévenir. Sa diffusion auprès des professionnels comme du grand public est une opportunité majeure : replacer la prévention cardioneurovasculaire féminine au cœur de notre pratique quotidienne.

Reconnaître plus tôt. Interroger autrement. Prévenir davantage. C’est ainsi que nous changerons durablement le pronostic cardioneurovasculaire des femmes.

Fanny DOUNA
Présidente du syndicat régional des Cardiologues d’Occitanie